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Cancérologie : TrueBeam, le nouveau bijou technologique de l’hôpital Cheikh Khalifa

Le docteur Loubna Toufik Essakali a été recrutée des Etats-Unis pour diriger le pôle oncologie de l’hôpital. Crédit : Yassine Toumi.

Source : Telquel – 17/12/2016

Un an et demie après son ouverture, l’hôpital privé Cheikh Khalifa investit dans du matériel de pointe. Reportage dans les couloirs aseptisé de l’établissement flambant neuf.

Un va-et-vient permanent occupe le grand hall luxueux de l’hôpital Cheikh Khalifa. Les patients se présentent à l’accueil assuré par deux hôtesses en tailleur noir et les cheveux tirés en arrière. Seuls les écriteaux de couleur flashy indiquant les différents services médicaux laissent deviner que nous sommes bien dans le nouvel hôpital de Casablanca, qui a ouvert ses portes en avril 2015 dans le quartier Hay Hassani pour un coût de 1,2 milliard de dirhams.

L’établissement nous a ouvert ses portes à l’occasion de l’acquisition d’une nouvelle machine qui traite les cancers. « La seule de toute l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient », se targue-t-on de répéter.

Dans les couloirs du service d’oncologie qui traite les cancers, tout le personnel médical n’a que ce nom à la bouche : TrueBeam. C’est la nouvelle machine tout récemment arrivée pour prendre en charge les patients atteints de cancer grâce à une radiothérapie plus ciblée, sécurisée et rapide. « Pendant seulement une à deux minutes au lieu de huit, le patient reçoit les rayons radiothérapiques uniquement sur les tissus cancéreux. Si le malade bouge, un GPS le détecte et la machine s’arrête pour ne pas abîmer les tissus sains autour », explique le docteur Loubna Toufik Essakali, chef du pôle oncologie de l’hôpital.

La médecin marocaine tout droit arrivée des Etats-Unis court entre les salles de traitements radiothérapiques. Elle est persuadée que cette nouvelle acquisition apportera plus de confort pour le patient et surtout moins d’effets secondaires : « Ce système est très efficace pour traiter les cancers du cerveau ou du sein gauche par exemple, car il permet d’éviter de toucher certaines partie de la membrane cérébrale ou le coeur ».

Les rayons de la radiothérapie ne peuvent toucher que les tissus cancéreux grâce à un détecteur de mouvement qui bloque la machine si le patient bouge.

Mohamed Harif, directeur général de l’hôpital, est très fier d’accueillir cette machine dans son hôpital. Il avoue tout de même que le coût de la machine est « très élevé » et qu’il ne sera sûrement « pas amorti », sans vouloir préciser le montant exact de l’investissement. « Notre mission aujourd’hui, c’est de développer l’offre de soin au pays et que les Marocains ne soient pas obligés d’aller à l’étranger pour se faire soigner », rêve le patron de l’hôpital.

Pour tous les Marocains, vraiment ?

Pourtant, les frais restent encore flous pour les patients, alors que premier malade a été traité le 9 décembre dernier. La radiochirurgie coûterait 70 000 dirhams mais le montant remboursé par les assurances reste inconnu.

L’hôpital Cheikh Khalifa est un établissement « à but non lucratif », nous répète-t-on. L’établissement ouvre d’ailleurs ses portes à tous les patients, dont les assurés. Nombreuses conventions ont été signées avec la plupart des assurances privées et les organismes d’assurances maladies obligatoires et le ministère de la Santé afin de permettre aux détenteurs des cartes Ramed de bénéficier des services.

« Mais la population reste la même que dans les cliniques privées », explique Ali Diouri, professeur en chirurgie viscérale et premier doyen de la faculté de Casablanca de 1970 à 1984. L’hôpital est aussi très fier de son service pour les VIP qui attire des personnalités comme l’ancien premier ministre Abderrahmane Youssoufi.

« On a seulement plus de malades venus des pays africains que dans les hôpitaux publics ou les cliniques. Ils viennent du Mali, du Sénégal, de la Guinée ou de la Côte d’Ivoire », témoigne le professeur qui a travaillé des années dans le privé. Un patient d’une soixante d’années tout droit venu du Bénin est venu se soigner dans cet hôpital marocain alors qu’il aurait payé « 4 500 euros de plus » s’il était allé en France par exemple. Traité dans l’hôpital depuis deux mois, il se réjouit de l’accueil qu’il a reçu pendant qu’il salue tout le personnel médical qu’il croise sur son chemin.

Les frais de médecine sont les mêmes que dans les cliniques privées mais les patients préfèrent venir dans cet hôpital car la structure est plus grosse et mieux équipée. Dans chaque salle traversée, on peut voir un matériel de pointe, des infrastructures propres, une ambiance assez sereine et des équipes jeunes s’afférer dans leur travail. « On a tout dans cet hôpital, et cela change des autres cliniques privées », se flatte Mohamed Harif qui fait référence au matériel technologique que n’ont ni le public ni les cliniques, et aux nombreux spécialistes qui permettent d’exercer de façon collégiale.

Un travail de jeune équipe qu’apprécie particulièrement la docteure Nora Soufi, du service de radiothérapie. « Nous sommes tous jeunes, la hiérarchie est plus flexible et on met la main à la pâte sur plus de choses », se réjouit celle qui a travaillé huit ans dans un hôpital public à Rabat.

Renforcer la formation

Nora Soufi va justement recevoir une formation à la nouvelle machine, dès le mois de février. « Il faut s’assurer de la formation des médecins, physiciens et techniciens. C’est un processus qui est en cours », rassure Mohamed Harif. Loubna Toufik Essakali, nouvelle chef de service d’oncologie arrivée au mois de février 2016, a passé plus de 20 ans aux Etats-Unis où elle a travaillé sur une machine similaire. En plus de la formation délivrée par le fournisseur de la technologie, Varian, elle peut alors enseigner et montrer sur le terrain à tout le personnel médical comment réaliser avec précision la procédure.

« Le service d’oncologie a démarré progressivement car nous n’avions pas les compétences au début », avoue Mohamed Harif qui insiste alors sur l’importance de l’université des sciences et de la santé qui vient d’ouvrir ses portes de l’autre côté de la route, où ils peuvent former les compétences dont ils ont besoin.

Cette problématique est présente dans tout le nouvel hôpital. Trois médecins qui ont fait toute leur carrière dans le centre hospitalier universitaire de Casablanca ont été recrutés en janvier dernier pour encadrer la nouvelle et jeune équipe. « Le recrutement n’était pas adéquat, par exemple les infirmiers n’avaient pas assez d’expérience et donc pas le niveau », avait constaté celle qui est chargée du personnel infirmier. « Mais ils font tout pour progresser et sont plein de bonne volonté », explique-t-elle en voyant déjà de grands progrès.

L’hôpital Cheikh Khalifa en chiffres clés

Ouverture en avril 2015
Coût : 1,2 milliard de dirhams
250 médecins
750 collaborateurs
Superficie de l’hôpital : 39 000 m2
205 lits d’hospitalisation
8 salles d’opération